Le casse-tête de la première année
Vous avez votre numéro ORIAS. Votre site web tourne. Votre cercle personnel est activé. Un premier prospect vous demande un devis santé pour son fils, un second un emprunteur pour son investissement locatif, un troisième une RC Pro pour son atelier de menuiserie. Vous ouvrez votre carnet de conventions et vous constatez : aucune compagnie ne couvre les trois besoins, et celles qui acceptent les courtiers débutants sont très peu nombreuses.

Cette frustration est universelle chez les courtiers en première année. Les grandes compagnies veulent un volume minimum avant de signer une convention directe, les petites ne couvrent pas tous les segments, et les courtiers grossistes prennent une marge sur la commission. Comment se constituer un panel de compagnies opérationnel en moins de six mois sans bloquer son activité ?
Ce guide pose la stratégie en trois voies d’accès, donne le nombre raisonnable de partenaires à viser, propose des critères concrets de sélection et détaille les étapes pour passer du grossiste au direct quand le portefeuille le permet.
Avant de démarcher des compagnies, lisez les conventions avec les compagnies pour comprendre les clauses qui vous engagent, et obtenir ses mandats pour les modalités juridiques. Si vous êtes encore en phase de positionnement, consultez d’abord choisir sa spécialité.
Les 3 voies d’accès aux compagnies
Comprendre les voies d’accès est le préalable à toute stratégie de partenariat. Vous avez trois options qui ne sont pas exclusives entre elles.
Direct compagnie
C’est le partenariat de référence, celui que tous les courtiers visent à terme. Vous signez une convention de courtage directement avec la compagnie, vous obtenez vos accès à leur extranet, vous percevez la commission complète sans intermédiaire.
Les avantages sont nets : commission maximale (pas de partage), relation directe avec les services de souscription et de gestion sinistres, accès prioritaire aux mises à jour produit, possibilité de négocier des conditions spécifiques au-delà de 100 contrats annuels.
L’inconvénient majeur : la quasi-totalité des grandes compagnies refusent les courtiers sans antériorité ou sans engagement de production. Les seuils habituels demandés en 2026 : 50 000 à 150 000 euros de prime annuelle prévisionnelle ou un portefeuille de 100 à 300 contrats existants à transférer. Sans ces volumes, la porte d’entrée directe reste fermée.
Quelques compagnies “ouvertes” acceptent les nouveaux courtiers sur certains segments précis (santé, prévoyance individuelle, multirisque pro TPE). C’est par ces compagnies que vous construisez vos premières conventions directes.
Courtier grossiste
Le courtier grossiste est un courtier intermédiaire qui agrège les flux de plusieurs courtiers de terrain et les présente aux compagnies sous une seule convention. Vous travaillez avec le grossiste, le grossiste travaille avec les compagnies.
Avantages : accès immédiat à un panel de 5 à 30 compagnies sans avoir à signer chacune individuellement, accompagnement souvent renforcé (formation produit, outils de comparaison, support souscription), pas de seuils minimums.
Inconvénients : commission partagée (vous récupérez 60 à 80 % de la commission compagnie, le grossiste garde le reste), moins de marge de négociation sur les produits spécifiques, dépendance forte à l’outil et à la politique du grossiste.
Le grossiste est le bon point d’entrée pour démarrer rapidement. Beaucoup de courtiers conservent une partie de leurs partenariats en grossiste même après avoir développé des conventions directes, notamment sur les produits de niche ou les clientèles spécifiques.
Plateforme de courtage
Les plateformes de courtage sont une variante moderne du grossiste, généralement plus digitalisées. Elles fournissent une interface unique pour comparer les offres de plusieurs assureurs, tarifer en ligne, soumettre les dossiers et suivre les commissions.
Certaines plateformes sont 100 % digitales (santé, IARD particulier, emprunteur), d’autres conservent un volet humain pour les segments complexes (pro, collective). Les commissions sont également partagées (taux courtier de 50 à 75 % selon la plateforme et le produit).
L’avantage principal des plateformes : la rapidité d’accès et la simplicité d’usage. En 48 heures vous êtes opérationnel sur 10 à 20 produits. L’inconvénient : la marge est plus rognée que chez un grossiste traditionnel, et l’accompagnement humain est plus limité.

Combien de partenaires viser dès la première année
L’erreur classique du courtier débutant est de signer avec trop de partenaires en pensant maximiser ses options. C’est l’inverse qui fonctionne.
Avec 12 conventions ouvertes, vous ne maîtrisez en pratique aucun produit. Chaque compagnie a ses tarifs, ses outils, ses formulaires, ses critères de souscription, son politique sinistres. Vous perdez du temps à arbitrer et vous ne montez jamais en compétence sur un produit donné. Pire, vous n’atteignez les seuils de bonification de personne, donc vos commissions restent au plancher partout.
Le bon réflexe en première année : 3 à 5 partenaires actifs, c’est tout. Vous concentrez vos volumes pour atteindre les bonifications, vous maîtrisez les outils en profondeur, vous devenez “connu” du back-office de quelques compagnies, ce qui accélère vos dossiers en cas de difficulté.
Un panel raisonnable en année 1 ressemble à ceci :
| Type de partenaire | Nombre cible année 1 | Ce qu’il couvre |
|---|---|---|
| Grossiste principal | 1 | Santé, prévoyance, IARD, pro standard |
| Compagnie directe ouverte | 1 à 2 | Santé individuelle ou prévoyance individuelle |
| Plateforme spécialisée | 1 | Emprunteur ou un produit niche |
| Grossiste secondaire | 0 à 1 | Compléments produits non couverts par le principal |
Trois à cinq partenaires bien tenus produisent plus de chiffre d’affaires que dix partenaires éclatés. À partir de l’année 2, vous élargissez progressivement en passant des conventions directes sur les produits où vous avez du volume.
Critères pour sélectionner ses compagnies
Une fois le panel défini en nombre, le choix des partenaires précis se fait sur quatre critères concrets.
Couverture produit
Avant tout, vérifiez que le partenaire couvre votre cœur de spécialité avec des produits compétitifs. Demandez les tarifs sur 5 cas types correspondant à votre clientèle cible (un jeune actif, un senior, un artisan, un dirigeant TNS, un couple avec enfants par exemple). Comparez-les aux tarifs des grandes compagnies du marché et aux comparateurs grand public. Si les tarifs sont systématiquement 15 à 25 % au-dessus, le partenariat ne tiendra pas commercialement.
Vérifiez aussi la profondeur de la gamme. Un grossiste qui propose deux contrats santé entrée et milieu de gamme ne suffit pas si votre clientèle inclut des cadres ou des dirigeants attendant une couverture haut de gamme.
Commission et incentives
Les taux de commission varient sensiblement entre compagnies pour un même produit. Sur la santé individuelle par exemple, l’écart peut atteindre 5 à 8 points entre deux compagnies (par exemple 12 % chez l’une, 18 % chez l’autre). Sur des volumes importants, c’est significatif.
Demandez le détail complet du barème : commission d’acquisition, commission de renouvellement (sur combien d’années), bonus de production (à quels seuils), reprises de commissions en cas de résiliation rapide. Un taux d’acquisition élevé mais avec une reprise sur 18 mois est moins attractif qu’un taux légèrement inférieur sans clause de reprise.
Pour creuser les détails, consultez les barèmes de commissions.
Qualité d’outils
L’outil de tarification, l’extranet de gestion et l’API d’intégration au CRM font partie du contrat de fait. Un outil lent ou obsolète vous fait perdre 15 à 30 minutes par dossier, soit 50 à 100 heures par an sur 200 contrats.
Demandez une démo de l’outil avant de signer. Testez la fluidité du parcours client, la rapidité de tarification, la facilité d’envoi du dossier en souscription. Un partenaire avec une commission 2 % inférieure mais un outil moderne vous fait gagner plus de temps que vous n’en perdez en commission.
Pour l’écosystème complet d’outils du courtier, consultez les ressources dédiées aux outils du courtier.
Réactivité gestion
C’est le critère le plus difficile à évaluer avant de signer mais le plus déterminant à long terme. Si la compagnie répond en 5 jours à un message simple ou si la gestion sinistre traîne sur 8 semaines, vos clients vous tiennent responsable et votre portefeuille fond.
Méthode pratique pour évaluer : demandez à parler à un courtier qui travaille déjà avec cette compagnie depuis au moins 12 mois. Posez-lui trois questions précises. Quel est le délai moyen de réponse aux demandes de souscription ? Combien de temps dure un sinistre standard ? Est-ce qu’il vous est arrivé de “tenir” la main d’un client à la place de la compagnie ? Les réponses vous éclairent immédiatement.
Profil débutant : 3 partenaires sont mieux que 12
Concrétisons par un exemple type pour un courtier qui démarre en 2026, spécialité mixte particulier (santé plus IARD plus prévoyance) et un peu de pro TPE en complément.
Partenaire 1 : un courtier grossiste généraliste. Il vous donne accès à 8 à 15 compagnies sur les principaux segments santé, prévoyance, IARD particulier et multirisque pro standard. Vous y placez 60 à 70 % de vos contrats en année 1. Commissions partagées à 65 à 75 % en votre faveur.
Partenaire 2 : une compagnie directe spécialisée santé. Une compagnie ouverte aux nouveaux courtiers (certaines mutuelles d’origine professionnelle ou paritaire le sont en 2026) qui complète votre offre santé sur un segment précis (jeunes actifs, seniors, expatriés). Commission complète, pas de partage. 15 à 25 % de votre production santé y passe.
Partenaire 3 : une plateforme emprunteur. Vous y placez vos dossiers emprunteur, soit en flux opportuniste si ce n’est pas votre spécialité, soit en flux dédié si vous avez un partenariat actif avec un courtier crédit ou un agent immobilier. Commission partagée mais simplicité maximale.
Cette configuration en trois partenaires couvre 90 % des besoins d’un courtier débutant pendant 12 à 18 mois. Vous y ajoutez progressivement une convention directe par semestre à mesure que votre volume le justifie.
Comment décrocher sa première convention directe
Décrocher une convention directe avec une compagnie quand on n’a pas d’historique demande méthode et patience. Voici la séquence qui fonctionne.
Étape 1 : choisir la compagnie cible. Privilégiez une compagnie qui a une politique d’ouverture aux nouveaux courtiers (certaines mutuelles santé, des assureurs spécialisés sur un segment, des assureurs régionaux). Évitez en première approche les grands assureurs nationaux qui exigent un volume minimum de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Étape 2 : préparer un dossier de candidature. Le dossier comprend : votre attestation ORIAS, votre RC Pro, votre garantie financière le cas échéant, un mémoire de présentation (votre parcours, votre spécialité, votre territoire, vos cibles), un prévisionnel de production sur 12 mois (réaliste, basé sur 60 à 100 contrats potentiels la première année), et idéalement deux ou trois lettres de recommandation de pairs ou de prescripteurs.
Étape 3 : demander un rendez-vous avec l’inspecteur courtage. Chaque compagnie a un ou plusieurs inspecteurs en charge du réseau courtier. Identifiez celui qui couvre votre zone géographique, demandez un entretien de présentation. Le rendez-vous dure 45 à 60 minutes. Vous présentez votre projet, l’inspecteur évalue la compatibilité.
Étape 4 : passer la phase d’instruction. La compagnie analyse votre dossier (vérifications ORIAS, ACPR, casier, antécédents éventuels). Cela prend 4 à 8 semaines.
Étape 5 : signer la convention. Si la candidature est acceptée, vous recevez la convention de courtage. Lisez-la intégralement avec un œil sur les clauses sensibles : conditions de résiliation, reprise de commissions, exclusivité éventuelle, obligations de reporting. Pour comprendre ces clauses, consultez les conventions avec les compagnies.

Étape 6 : démarrage opérationnel. Une fois la convention signée, vous obtenez vos codes extranet, votre identifiant courtier, vos outils. Comptez encore 2 à 3 semaines avant d’être pleinement opérationnel sur les outils.
Au total, comptez 3 à 5 mois entre la première prise de contact et la première souscription effective sur une convention directe. C’est pour cette raison que les grossistes restent indispensables en démarrage : ils vous donnent l’opérationnalité pendant que vos conventions directes mûrissent.
Quand passer du grossiste au direct
À partir de quel moment basculer une partie de votre production du grossiste vers une convention directe ?
La règle économique simple : si vous produisez plus de 30 contrats par an chez un grossiste sur un produit donné, et qu’une compagnie présente sur ce produit accepte de signer en direct, le passage en direct vous fait gagner 25 à 35 % de commission additionnelle (différence entre la commission compagnie complète et la part rétrocédée par le grossiste). Sur 30 contrats à 200 euros de commission moyenne, cela représente 1 500 à 2 100 euros par an, soit largement plus que l’effort de mise en place.
Trois préalables avant de basculer :
D’abord, vérifiez que votre convention grossiste vous autorise à travailler en direct avec une compagnie qu’il distribue (certaines clauses de non-concurrence existent, à lire attentivement).
Ensuite, conservez le grossiste en parallèle pour les autres produits. Ne rompez pas la relation pour basculer 100 % en direct, vous perdriez la couverture sur les produits annexes que le grossiste continue de vous fournir.
Enfin, prévoyez la transition opérationnelle : nouvelles signatures clients sur la nouvelle convention, gestion des dossiers en cours sur l’ancienne, double administration pendant 12 à 18 mois.
À partir de l’année 3 ou 4, un courtier établi a typiquement 5 à 10 conventions directes plus 1 à 2 grossistes pour couvrir les produits niches. C’est l’objectif à viser, pas en année 1.
Avant de démarcher des compagnies, vérifiez que vos bases réglementaires sont solides. La formation IAS 150h vous donne la maîtrise du Code des assurances et de la DDA, exigées dans tout entretien de candidature courtier. Comprendre les compagnies avec la formation IAS à 399 euros TTC, 100 % en ligne.
Construire dans la durée
Le panel de compagnies n’est pas un actif que l’on construit en six mois et que l’on conserve dix ans. Il évolue. Certaines compagnies durcissent leurs conditions, d’autres ouvrent de nouveaux segments, des grossistes se font racheter, de nouvelles plateformes émergent.
Un courtier qui réussit consacre 1 à 2 jours par trimestre à entretenir et faire évoluer son panel : revue annuelle des taux de commission obtenus, négociation à chaque renouvellement de convention, prospection d’une nouvelle compagnie ouverte par semestre, monitoring des comparaisons tarifaires sur ses cas types.
Cette discipline vous protège contre les mauvaises surprises (compagnie qui rétrograde son barème, grossiste qui change de politique) et vous permet de saisir les opportunités (nouvelle compagnie qui vous fait des conditions attractives pour entrer sur votre marché).
Pour aller plus loin, consultez trouver vos premiers clients, les barèmes de commissions, et le guide complet pour devenir courtier en assurance.
Démarrer avec les bons partenaires change votre première année. Découvrir la formation IAS 150h éligible CPF à 399 euros TTC.
Questions fréquentes sur les compagnies partenaires du courtier débutant
Combien de compagnies faut-il signer dès le démarrage ?
3 à 5 partenaires bien sélectionnés suffisent largement en première année. Au-delà, vous diluez vos volumes, vous n’atteignez les seuils de bonification de personne, et vous perdez du temps à maîtriser des outils que vous utilisez peu. La concentration est la stratégie gagnante en démarrage. Vous élargissez progressivement à partir de l’année 2 quand votre volume justifie de nouvelles conventions.
Faut-il préférer un grossiste ou plusieurs conventions directes ?
En première année, un grossiste principal plus une ou deux conventions directes est le bon mix. Le grossiste vous donne l’opérationnalité immédiate sur un large panel sans seuils. Les conventions directes vous donnent la commission pleine sur les produits où vous avez du volume. Le 100 % grossiste limite votre marge à long terme, le 100 % direct est inaccessible en démarrage.
Une compagnie peut-elle refuser un courtier sans antériorité ?
Oui et c’est même la règle pour la majorité des grandes compagnies. Les conditions de souscription d’une convention courtage incluent généralement un seuil de volume prévisionnel ou un portefeuille existant. Pour contourner, ciblez les compagnies réputées ouvertes aux nouveaux courtiers (mutuelles santé, assureurs spécialisés, compagnies régionales) ou passez par un grossiste pour démarrer.
Le grossiste prend quelle commission sur la mienne ?
La part rétrocédée au courtier varie de 50 à 80 % selon le grossiste, le produit et votre volume. La fourchette habituelle pour un courtier débutant se situe entre 60 et 75 %. Plus votre volume monte, plus la part rétrocédée augmente (effet de palier négocié). Vérifiez systématiquement la grille de partage avant de signer et la possibilité de renégocier annuellement.
Comment éviter de signer une convention défavorable ?
Lisez systématiquement la convention avant signature, ne signez jamais sous pression. Identifiez et négociez quatre clauses sensibles : la commission d’acquisition et de renouvellement, la durée et conditions de reprise de commission en cas de résiliation rapide, l’obligation de production minimum, les conditions de résiliation de la convention. Faites-vous accompagner si nécessaire par un confrère plus expérimenté ou un avocat spécialisé.
Peut-on travailler avec plusieurs grossistes simultanément ?
Oui sauf clause d’exclusivité explicite (rare en pratique). Beaucoup de courtiers travaillent avec un grossiste principal sur le cœur de leur activité et un ou deux grossistes secondaires pour les produits niches non couverts par le principal. La complexité augmente avec le nombre de grossistes (plusieurs outils, plusieurs interlocuteurs), à n’élargir que lorsque c’est justifié par la couverture produit.
Quels signaux montrent qu’il faut quitter un partenaire ?
Quatre signaux concrets : la commission rétrocédée diminue sans contrepartie, le délai moyen de réponse en gestion dépasse 8 jours ouvrés, les outils ne sont plus mis à jour depuis 12 mois, vos clients se plaignent régulièrement de la qualité de service. Un de ces signaux suffit à initier la recherche d’un remplaçant. Deux signaux concomitants justifient une décision rapide.
Faut-il signer avec une néo-assurance ?
Possible mais avec prudence. Les néo-assureurs ont des outils digitaux modernes et des commissions souvent attractives, mais leur stabilité financière, leur réseau de gestion sinistres et leur ancienneté méritent vérification. Vérifiez l’agrément ACPR, l’ancienneté (privilégier les acteurs avec plus de 3 ans d’existence), la solidité actionnariale, et limitez votre dépendance à un acteur unique en gardant des partenariats avec des compagnies historiques en parallèle.