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Racheter un portefeuille courtage

21 min de lecture
rachat portefeuille

Marc cherche un raccourci pour devenir courtier

Marc a 39 ans. Après quinze ans dans la banque de détail, il veut se lancer à son compte dans le courtage en assurance. Il a validé sa formation IAS 150h, obtenu son numéro ORIAS et souscrit sa RC Pro. Mais quand il regarde le chemin qui sépare le courtier fraîchement inscrit du courtier installé, il voit des années de prospection, de rendez-vous blancs, de clients à convaincre un par un. Et puis, un ancien collègue lui parle d’un courtier de 62 ans dans le Rhône qui cherche à vendre son portefeuille. Quatre cents clients, 85 000 euros de commissions récurrentes, une activité saine construite en vingt ans. Le prix demandé : 170 000 euros.

Marc se retrouve face à une question que des centaines de futurs courtiers se posent chaque année en France. Est-ce que racheter un portefeuille existant est une bonne idée ? Comment valoriser correctement un portefeuille ? Comment financer l’opération ? Quels pièges éviter ?

Signature d'un contrat de rachat de portefeuille

Ce guide répond à toutes ces questions. Pas de théorie abstraite : des méthodes concrètes, des chiffres réalistes, des retours d’expérience. Si vous envisagez de reprendre un cabinet ou un portefeuille de courtage, ce dossier est votre feuille de route.

Pour les fondamentaux de la création d’un cabinet, consultez d’abord créer un cabinet de courtage. Et pour construire votre business plan, notre guide business plan d’un cabinet de courtage vous sera indispensable.

Pourquoi racheter plutôt que créer de zéro

Les avantages du rachat

Racheter un portefeuille de courtage offre plusieurs avantages majeurs par rapport à la création pure :

  • Revenus immédiats : dès le premier mois, vous percevez les commissions de renouvellement du portefeuille racheté. Pas de phase de prospection à froid pendant laquelle vos revenus sont proches de zéro.
  • Base clients existante : vous repartez avec des clients actifs, des contrats en cours, des échéances planifiées. Votre carnet de rendez-vous n’est pas vide.
  • Conventions compagnies : le cédant a souvent des conventions avec plusieurs compagnies d’assurance. Selon les modalités de cession, certaines de ces conventions peuvent être transférées ou facilitées pour le repreneurs.
  • Historique et réputation : un cabinet qui existe depuis 10 ou 20 ans a une réputation locale, des avis clients, une présence dans les annuaires professionnels. Ce capital de confiance est difficile à construire de zéro.
  • Visibilité sur la rentabilité : vous disposez de données historiques (chiffre d’affaires, commissions, taux de rétention, mix produits) qui permettent de construire des prévisions fiables.

Les inconvénients à peser

Le rachat n’est pas sans risques :

  • Le prix : un portefeuille de courtage coûte cher. Les multiples de valorisation (1,5 à 3 fois les commissions récurrentes) représentent un investissement significatif qui doit être financé.
  • La rétention des clients : rien ne garantit que les clients resteront après le changement de courtier. Un taux d’attrition de 15 à 25 % la première année est fréquent, même avec un accompagnement soigné de la transition.
  • L’héritage : vous reprenez aussi les problèmes du cédant (contrats mal tarifés, clients difficiles, conventions peu avantageuses, outils obsolètes).
  • L’adaptation : les méthodes de travail du cédant ne sont pas forcément les vôtres. Il faut du temps pour transformer le cabinet à votre image sans perdre les clients.
  • La dépendance au cédant : si le cédant quitte brutalement et que les clients n’ont pas été correctement présentés au repreneurs, le portefeuille peut se vider rapidement.

Quand le rachat est la meilleure option

Le rachat est particulièrement pertinent dans les situations suivantes :

  • Vous avez un apport personnel ou une capacité d’emprunt suffisante.
  • Vous souhaitez atteindre rapidement un seuil de rentabilité.
  • Le portefeuille visé correspond à votre spécialisation ou à votre zone géographique cible.
  • Le cédant est disposé à vous accompagner pendant une période de transition.
  • Les conventions avec les compagnies sont transférables ou négociables.

Comment valoriser un portefeuille de courtage

Les méthodes de valorisation

La valorisation d’un portefeuille de courtage repose principalement sur deux approches :

Méthode du multiple de commissions récurrentes

C’est la méthode la plus utilisée. Elle consiste à appliquer un coefficient multiplicateur aux commissions récurrentes annuelles du portefeuille.

Type de portefeuilleMultiple habituelJustification
Portefeuille IARD particuliers1,5 à 2,0xVolatilité modérée, commissions stables
Portefeuille santé collective2,0 à 2,5xRétention élevée, commissions récurrentes
Portefeuille prévoyance2,0 à 2,5xContrats longs, faible résiliation
Portefeuille IARD professionnels1,8 à 2,5xValeur ajoutée technique, fidélité
Portefeuille assurance vie2,5 à 3,0xEncours durables, commissions de gestion
Portefeuille mixte équilibré1,8 à 2,3xMoyenne pondérée selon le mix

Exemple concret : un portefeuille mixte générant 85 000 euros de commissions récurrentes annuelles sera généralement valorisé entre 150 000 et 195 000 euros (1,8 à 2,3 fois les commissions).

Méthode de la valeur actualisée des flux futurs (DCF)

Plus sophistiquée, cette méthode consiste à projeter les commissions futures sur 5 à 10 ans, en tenant compte d’un taux d’attrition, d’un taux de croissance et d’un taux d’actualisation. Elle est utilisée pour les portefeuilles importants ou lorsque les projections de croissance justifient un prix supérieur au multiple standard.

La formule simplifiée :

Valeur = Somme des commissions projetées année par année, corrigées du taux d’attrition, actualisées au taux choisi.

En pratique, cette méthode donne des résultats proches de la méthode du multiple, mais elle permet d’intégrer des hypothèses spécifiques (croissance du portefeuille, évolution des taux de commission, synergies avec votre activité existante).

Les facteurs qui font varier le prix

Plusieurs facteurs influencent le prix à la hausse ou à la baisse :

Facteurs de hausse :

  • Taux de rétention historique élevé (supérieur à 90 %).
  • Portefeuille diversifié (pas de dépendance à un seul client ou un seul produit).
  • Conventions compagnies solides et transférables.
  • Clientèle d’entreprises avec des contrats pluriannuels.
  • Zone géographique dynamique.
  • Outils de gestion modernes (CRM, numérisation des dossiers).
  • Cédant disponible pour une transition longue (6 à 12 mois).

Facteurs de baisse :

  • Taux d’attrition élevé (supérieur à 15 % par an).
  • Concentration excessive (un ou deux clients représentent plus de 20 % des commissions).
  • Âge moyen élevé de la clientèle (risque de résiliation naturelle).
  • Conventions difficiles à transférer.
  • Litige en cours ou historique de réclamations.
  • Outils de gestion obsolètes, dossiers papier non numérisés.
  • Départ rapide du cédant.

Le cas particulier du rachat de parts sociales

Quand le portefeuille est détenu par une société (SAS, SARL), le rachat peut prendre la forme d’une cession de parts ou d’actions, plutôt que d’une cession d’actifs. Cette option présente des avantages fiscaux pour le cédant (régime des plus-values de cession de titres) mais des inconvénients pour le repreneurs (reprise de l’ensemble des engagements de la société, y compris les dettes et les risques latents).

Dans ce cas, la due diligence doit être particulièrement rigoureuse, et l’accompagnement par un avocat spécialisé et un expert-comptable est indispensable.

La due diligence : l’étape que vous ne devez pas négliger

Qu’est-ce que la due diligence

La due diligence (audit d’acquisition) est l’examen approfondi du portefeuille et de l’activité du cédant avant de signer. C’est l’étape la plus importante du processus de rachat. Une due diligence mal faite peut vous coûter des dizaines de milliers d’euros.

Les points à vérifier systématiquement

1. L’analyse du portefeuille clients

  • Liste exhaustive des clients avec les contrats en cours, les primes, les commissions et les échéances.
  • Répartition par type de client (particuliers, professionnels, entreprises).
  • Répartition par branche d’assurance (IARD, santé, prévoyance, vie).
  • Taux de rétention sur les 3 à 5 dernières années.
  • Âge moyen des clients et ancienneté des contrats.
  • Concentration du portefeuille : quel pourcentage représentent les 10 premiers clients ?

2. L’analyse financière

  • Chiffre d’affaires des 3 à 5 derniers exercices (commissions de première année + commissions de renouvellement).
  • Évolution des commissions (croissance, stagnation, déclin).
  • Marge nette de l’activité (après charges de personnel, loyer, outils, RC Pro).
  • Trésorerie disponible et dettes éventuelles.
  • Engagements hors bilan.

3. L’analyse réglementaire

  • Inscription ORIAS à jour (article L. 512-1 du Code des assurances).
  • RC Pro conforme et couverture adéquate (article L. 512-6 du Code des assurances).
  • Garantie financière si encaissement de fonds (article L. 512-7 du Code des assurances).
  • Conformité DDA (recueil des besoins, devoir de conseil).
  • Conformité LCB-FT (procédures en place, formation des collaborateurs).
  • Historique des contrôles ACPR et des éventuels manquements.

4. L’analyse des conventions compagnies

  • Liste des conventions en cours avec les conditions commerciales.
  • Clauses de transférabilité ou de résiliation en cas de changement de propriété.
  • Niveau des taux de commission négociés.
  • Relations avec les inspecteurs et les souscripteurs des compagnies.

5. L’analyse des ressources humaines

  • Nombre de salariés, ancienneté, fonctions.
  • Conventions collectives applicables.
  • Risques prudhommaux éventuels.
  • Compétences clés et risques de départ.

6. L’analyse opérationnelle

  • Outils utilisés (CRM, logiciel de gestion, plateformes de tarification).
  • État de la numérisation des dossiers.
  • Procédures de gestion documentées ou non.
  • Bail commercial (durée restante, conditions).

Les signaux d’alerte

Certains éléments doivent vous alerter pendant la due diligence :

  • Le cédant refuse de communiquer certaines informations ou repousse les demandes.
  • Les chiffres présentés ne concordent pas avec les relevés de commissions des compagnies.
  • Le taux d’attrition est supérieur à 15 % sur les deux dernières années.
  • Un ou deux clients représentent plus de 20 % des commissions.
  • Des litiges sont en cours ou des réclamations clients non résolues.
  • L’ACPR a adressé des recommandations ou des mises en demeure.
  • Les conventions compagnies contiennent des clauses de non-transférabilité.

Le financement du rachat

Les sources de financement

Racheter un portefeuille de courtage nécessite généralement de combiner plusieurs sources de financement :

SourceMontant typiqueConditions
Apport personnel20 à 30 % du prixIndispensable pour crédibiliser le dossier
Prêt bancaire classique50 à 70 % du prixDurée 5 à 7 ans, taux marché
Crédit vendeur10 à 30 % du prixPaiement échelonné au cédant sur 1 à 3 ans
Prêt d’honneur (BPI, réseau Initiative)10 000 à 50 000 eurosSans intérêt, sans garantie
Garantie BPI FranceGarantie de 50 à 70 % du prêtFacilite l’obtention du prêt bancaire

Le crédit vendeur : un outil stratégique

Le crédit vendeur est une modalité de paiement où le cédant accepte de recevoir une partie du prix de manière échelonnée, généralement sur 1 à 3 ans. C’est un outil très courant dans les transactions de portefeuille de courtage, et il présente des avantages pour les deux parties :

  • Pour l’acheteur : il réduit le besoin de financement bancaire et aligne les intérêts du cédant avec la bonne transition du portefeuille. Si le cédant accepte un crédit vendeur, c’est qu’il a confiance dans la pérennité du portefeuille.
  • Pour le cédant : il peut négocier un prix plus élevé en contrepartie du paiement échelonné, et il bénéficie d’un étalement de la plus-value fiscale.

Une clause de révision est souvent associée au crédit vendeur : si le taux de rétention du portefeuille tombe en dessous d’un seuil convenu (par exemple 80 % à un an), le solde restant dû est réduit proportionnellement. Cette clause protège l’acheteur contre une perte de clients excessive.

Monter un dossier bancaire convaincant

Pour obtenir un prêt bancaire, vous devez présenter un dossier solide qui comprend :

  • Un business plan détaillé sur 3 à 5 ans (consultez notre guide business plan d’un cabinet de courtage).
  • Les comptes du cédant sur les 3 derniers exercices.
  • Le détail du portefeuille (nombre de clients, commissions, taux de rétention).
  • Votre parcours professionnel et vos compétences dans l’assurance.
  • Votre apport personnel.
  • Le protocole de cession signé ou en cours de négociation.
  • Un plan de transition clients détaillé.

Les banques sont généralement réceptives aux dossiers de rachat de portefeuille de courtage, à condition que la valorisation soit raisonnable et que le repreneurs présente un profil crédible. Le caractère récurrent des commissions est un argument fort : chaque année, le portefeuille génère des revenus sans action commerciale nouvelle.

La négociation et la structuration de la transaction

Les étapes de la négociation

La négociation d’un rachat de portefeuille suit généralement ces étapes :

  1. Lettre d’intention : document non engageant qui formalise votre intérêt, les grandes lignes de la valorisation et les conditions suspensives (obtention du financement, résultats de la due diligence).

  2. Accord de confidentialité : le cédant vous donne accès à des informations sensibles (portefeuille clients, comptes, conventions). Un accord de confidentialité protège ces informations.

  3. Due diligence : phase d’audit approfondi, généralement de 4 à 8 semaines.

  4. Négociation du prix et des conditions : sur la base de la due diligence, vous négociez le prix final, les modalités de paiement, la clause de révision, la durée de la transition et la clause de non-concurrence.

  5. Protocole de cession : document juridique détaillé qui formalise l’ensemble des conditions de la transaction. Il est rédigé par un avocat.

  6. Réalisation des conditions suspensives : obtention du financement, autorisation ORIAS, accord des compagnies pour le transfert des conventions.

  7. Signature de l’acte définitif : transfert effectif de propriété du portefeuille.

Les clauses essentielles du protocole de cession

  • Clause de garantie d’actif et de passif : le cédant garantit que les informations communiquées sont exactes et que le portefeuille est exempt de passifs cachés.
  • Clause de non-concurrence : le cédant s’engage à ne pas exercer d’activité de courtage dans un périmètre géographique et pendant une durée définis (généralement 3 à 5 ans dans un rayon de 50 à 100 km).
  • Clause de révision de prix : ajustement du prix en fonction du taux de rétention effectif à 12 ou 24 mois.
  • Clause d’accompagnement : le cédant s’engage à accompagner la transition pendant une durée définie (3 à 12 mois), avec des modalités précises (présentation aux clients, transfert des dossiers, introduction auprès des compagnies).
  • Clause de non-solicitation : le cédant s’engage à ne pas solliciter les clients cédés.

Le transfert ORIAS et les aspects administratifs

Le transfert d’inscription ORIAS

Si vous rachetez un portefeuille dans le cadre d’une cession d’actifs, vous devez disposer de votre propre inscription ORIAS en tant que courtier (COA). L’inscription ORIAS du cédant ne se transfère pas : c’est personnelle.

Les démarches :

  • Si vous n’êtes pas encore inscrit à l’ORIAS, vous devez obtenir votre inscription avant la cession effective. Consultez notre guide inscription ORIAS étape par étape.
  • Si vous rachetez les parts d’une société déjà inscrite à l’ORIAS, l’inscription est conservée, mais vous devez notifier à l’ORIAS le changement de dirigeant et de bénéficiaire effectif.

L’information des compagnies

Les conventions de courtage contiennent généralement des clauses relatives au changement de contrôle ou de propriété du portefeuille. Vous devez informer chaque compagnie partenaire de la cession et négocier le maintien ou la renégociation des conventions.

Certaines compagnies acceptent un transfert automatique. D’autres exigent la signature d’une nouvelle convention. D’autres encore profitent de l’occasion pour renégocier les conditions (à la hausse ou à la baisse). Cette étape est critique : sans convention avec les compagnies, vous ne pouvez pas gérer les contrats de vos clients.

L’information des clients

Les clients doivent être informés du changement de courtier. Cette information est à la fois une obligation légale (le courtier est le mandataire du client, et le client doit connaître l’identité de son intermédiaire) et un impératif commercial (un client non informé qui découvre le changement par hasard risque de partir).

La meilleure pratique est un courrier ou un email conjoint du cédant et du repreneurs, expliquant la transition, présentant le nouveau courtier et rassurant sur la continuité du service. Idéalement, ce courrier est suivi d’un appel téléphonique ou d’un rendez-vous pour les clients les plus importants.

La transition : les 12 premiers mois

Le plan de transition type

PériodeActions prioritaires
Mois 1-3Présentation aux clients clés (top 20 %), transfert des dossiers, prise en main du portefeuille, rencontre des interlocuteurs compagnies
Mois 4-6Contact systématique de tous les clients, audit des contrats, identification des besoins non couverts, premiers renouvellements
Mois 7-9Mise en place de vos outils et méthodes, premiers multi-équipements, prospection de nouveaux clients
Mois 10-12Bilan de la première année, mesure du taux de rétention, ajustement de la stratégie

Les erreurs à éviter pendant la transition

  • Changer trop de choses trop vite : les clients sont attachés à leurs habitudes. Ne modifiez pas les contrats, les compagnies ou les interlocuteurs sans raison valable pendant les premiers mois.
  • Négliger les petits clients : dans un portefeuille racheté, les petits clients représentent souvent un volume important en nombre et une base de revenus récurrents non négligeable.
  • Sous-estimer le temps nécessaire : la transition absorbe énormément de temps et d’énergie. Prévoyez de consacrer 80 % de votre temps à la gestion du portefeuille existant pendant les 6 premiers mois.
  • Ne pas mesurer le taux de rétention : suivez précisément le nombre de clients qui restent et qui partent. C’est votre indicateur numéro un.

Pour approfondir la gestion de votre portefeuille clients après le rachat, consultez notre article gérer un portefeuille de clients en courtage.

Les aspects fiscaux de la transaction

Pour l’acheteur

Le prix d’acquisition d’un portefeuille de courtage est un actif incorporel qui s’inscrit au bilan de votre entreprise. Il est amortissable sur sa durée d’utilisation, généralement 5 à 10 ans. Cet amortissement génère une charge déductible qui réduit votre résultat imposable.

Si vous empruntez pour financer le rachat, les intérêts d’emprunt sont également déductibles du résultat.

En cas de rachat de parts sociales, le régime fiscal est différent : le prix d’acquisition des parts ne génère pas de charge déductible (pas d’amortissement). En revanche, les droits d’enregistrement sont plus faibles (0,1 % pour les actions de SAS, 3 % avec abattement pour les parts de SARL).

Pour le cédant

Le cédant est imposé sur la plus-value de cession, c’est-à-dire la différence entre le prix de vente et la valeur nette comptable du portefeuille. Le régime fiscal dépend de la forme juridique et de la durée de détention.

Pour un entrepreneur individuel, la plus-value est imposée au barème progressif de l’impôt sur le revenu, avec des possibilités d’exonération (article 238 quindecies du Code général des impôts pour les petites entreprises, article 151 septies pour les entreprises détenues depuis plus de 5 ans).

Pour une société, la cession d’actifs génère une plus-value imposée à l’impôt sur les sociétés (25 %). La cession de parts bénéficie du régime des plus-values de cession de titres, potentiellement plus favorable.

Dans tous les cas, un accompagnement par un expert-comptable et un avocat fiscaliste est indispensable pour optimiser la fiscalité de la transaction.

Où trouver des portefeuilles à racheter

Les sources principales

  • Le bouche-à-oreille professionnel : les compagnies d’assurance, les associations professionnelles et les courtiers installés connaissent les cédants potentiels. Parlez de votre projet autour de vous.
  • Les inspecteurs des compagnies : ils savent quels courtiers de leur réseau envisagent de partir en retraite ou de céder leur activité.
  • Les plateformes de cession d’entreprise : BPI France Transmission, CRA (Cédants et Repreneurs d’Affaires), Fusacq, TransEntreprise.
  • Les annonces professionnelles : presse spécialisée assurance, sites des syndicats professionnels.
  • Les cabinets de conseil en transmission : certains cabinets sont spécialisés dans la transmission de cabinets de courtage.

Les critères de sélection

Avant de vous engager dans une due diligence coûteuse en temps et en argent, filtrez les opportunités selon ces critères :

  • Le portefeuille correspond à votre zone géographique ou à votre spécialisation.
  • Les commissions récurrentes sont supérieures à 50 000 euros (en dessous, le jeu n’en vaut souvent pas la chandelle).
  • Le cédant est motivé et coopératif.
  • Le prix demandé est dans les fourchettes du marché (1,5 à 3x les commissions récurrentes).
  • Il n’y a pas de litige majeur en cours.

Ce qu’il faut retenir avant de se lancer

Racheter un portefeuille de courtage est une voie d’accès au métier plus rapide et plus sécurisée que la création pure, à condition de bien maîtriser les étapes : valorisation rigoureuse, due diligence exhaustive, financement structuré, transition soignée. Le coût est significatif, mais le retour sur investissement est généralement rapide grâce aux commissions récurrentes.

Si vous n’avez pas encore obtenu votre capacité professionnelle, la formation IAS 150h de FormaCourtage est le préalable indispensable. À 399 euros en e-learning, elle vous prépare en 2 à 3 mois à obtenir votre inscription ORIAS et à démarrer votre activité de courtier, que ce soit en création pure ou en rachat de portefeuille.

FormaCourtage connaît les deux chemins. Il a construit son propre portefeuille et accompagne chaque année des dizaines de nouveaux courtiers dans leurs premiers pas.

Faut-il être déjà inscrit à l’ORIAS pour racheter un portefeuille de courtage ?

Oui, vous devez disposer de votre inscription ORIAS en tant que courtier (COA) avant de pouvoir exercer l’activité de courtage, que ce soit en création ou en rachat. L’inscription ORIAS nécessite une capacité professionnelle (formation IAS 150h ou diplôme équivalent), une RC Pro, une garantie financière si vous encaissez des fonds, et un casier judiciaire vierge. Vous pouvez signer le protocole de cession avant d’avoir votre ORIAS, mais la réalisation effective du transfert ne peut intervenir qu’une fois inscrit.

Quel est le prix moyen d’un portefeuille de courtage en France ?

Le prix dépend directement des commissions récurrentes annuelles du portefeuille. Le multiple de valorisation se situe généralement entre 1,5 et 3 fois les commissions récurrentes, selon la qualité du portefeuille (taux de rétention, diversification, conventions compagnies, etc.). Un portefeuille générant 80 000 euros de commissions récurrentes sera valorisé entre 120 000 et 240 000 euros. Les portefeuilles d’assurance vie sont généralement valorisés plus cher (2,5 à 3x) que les portefeuilles IARD particuliers (1,5 à 2x).

Comment financer un rachat de portefeuille quand on n’a pas beaucoup d’apport ?

Plusieurs stratégies permettent de compenser un apport limité. Le crédit vendeur (paiement échelonné au cédant sur 1 à 3 ans) réduit le besoin de financement bancaire immédiat. Les prêts d’honneur de BPI France ou du réseau Initiative (jusqu’à 50 000 euros sans intérêt ni garantie) complètent l’apport personnel. La garantie BPI France (qui couvre 50 à 70 % du prêt) rassure la banque. Un apport minimum de 15 à 20 % du prix reste généralement nécessaire pour obtenir un prêt bancaire.

Quel taux de rétention peut-on espérer après un rachat de portefeuille ?

Un taux de rétention de 75 à 85 % la première année est considéré comme correct. Les meilleures reprises, avec une transition bien préparée et un accompagnement du cédant pendant 6 à 12 mois, atteignent 85 à 92 %. Un taux inférieur à 70 % signale un problème dans la transition (cédant parti trop tôt, clients mal informés, changement de compagnie prématuré). À partir de la deuxième année, le taux de rétention remonte généralement au niveau standard du marché (90 à 95 %).

Est-il possible de racheter un portefeuille de courtage en micro-entreprise ?

C’est techniquement possible mais fortement déconseillé pour un rachat significatif. La micro-entreprise ne permet pas d’amortir le coût d’acquisition du portefeuille (pas de bilan comptable), ce qui est fiscalement pénalisant. De plus, le plafond de chiffre d’affaires en micro-entreprise (77 700 euros pour les prestations de services en 2026) sera rapidement atteint si le portefeuille génère des commissions significatives. Pour un rachat, la SAS ou la SASU sont les formes juridiques les plus adaptées.

Combien de temps dure une transaction de rachat de portefeuille ?

De la première prise de contact à la signature de l’acte définitif, comptez généralement 4 à 8 mois. La phase de négociation et de lettre d’intention prend 2 à 4 semaines. La due diligence dure 4 à 8 semaines. La négociation du protocole de cession prend 2 à 4 semaines. L’obtention du financement bancaire ajoute 4 à 8 semaines. Et la réalisation des conditions suspensives (ORIAS, compagnies) peut prendre encore 4 à 6 semaines. Ne sous-estimez pas ces délais dans votre planning.

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