Un sujet sensible, mais essentiel à comprendre
Avant même la formation IAS, avant la RC Pro, avant la création de la société, l’ORIAS vérifie une condition préalable : votre honorabilité. Sans elle, aucun dossier ne passe. Le sujet est rarement traité de front parce qu’il touche à des situations personnelles parfois douloureuses, mais il mérite une explication claire pour éviter les surprises au moment du dépôt.

Cet article explique le cadre légal, ce que regarde concrètement l’ORIAS, ce qui empêche définitivement l’inscription, ce qui peut être effacé ou prescrit, et les recours en cas de refus. Si vous avez le moindre doute sur votre situation, lisez l’intégralité avant de payer la formation ou la RC Pro.
Le principe d’honorabilité dans le Code des assurances
L’article L. 322-2 du Code des assurances, complété par l’article R. 322-11-1, fixe les exigences d’honorabilité pour les intermédiaires en assurance, dont les courtiers. La logique est protectrice : un professionnel qui distribue des produits financiers et conseille des particuliers ou des entreprises doit présenter des garanties d’intégrité.
Concrètement, l’honorabilité s’apprécie au regard des condamnations pénales définitives prononcées contre vous par les juridictions françaises ou étrangères. La liste des infractions disqualifiantes est limitative et précise. Toutes les condamnations ne sont pas bloquantes : seules celles prévues par la loi ferment la voie de l’inscription ORIAS.
Pour le cadre général de toutes les conditions, consultez notre article sur les conditions de la capacité professionnelle.
Le bulletin n°2 du casier judiciaire
L’ORIAS demande la production du bulletin n°2 (B2) de votre casier judiciaire. Le B2 est plus restrictif que le B3 (que vous pouvez obtenir vous-même en ligne) : il mentionne davantage de condamnations et il n’est pas accessible à la personne concernée. Seules certaines administrations et autorités y ont accès dans le cadre de leurs missions.
L’ORIAS récupère le B2 directement auprès du Casier Judiciaire National. Vous n’avez pas à le fournir vous-même : il est demandé d’office par le service instructeur. Cette procédure automatisée évite les fraudes (présentation d’un faux casier vierge) et accélère le traitement.
Le B2 mentionne :
- Les condamnations criminelles
- Les condamnations correctionnelles à plus de deux mois de prison ferme ou avec sursis
- Les peines complémentaires d’interdiction d’exercice
- Les condamnations pour certains délits financiers, économiques, fiscaux
Sont exclues du B2 : les contraventions, certaines condamnations correctionnelles légères, les condamnations effacées par réhabilitation, et les condamnations pour mineurs (sauf exceptions).
Les condamnations qui empêchent l’inscription ORIAS
La liste des infractions empêchant l’inscription comme intermédiaire en assurance est définie à l’article L. 322-2 du Code des assurances. Elle comprend notamment :
- Crime ou délit contre les biens (vol, escroquerie, abus de confiance, recel)
- Délits financiers (faux, faux en écritures de commerce, banqueroute)
- Délits fiscaux (fraude fiscale d’une certaine ampleur)
- Blanchiment de capitaux et financement du terrorisme
- Délits boursiers et infractions à la législation sur les marchés financiers
- Atteinte à la probité (corruption, prise illégale d’intérêts)
- Pratiques commerciales trompeuses dans la distribution d’assurance ou de produits financiers
- Condamnation à une faillite personnelle non réhabilitée
La règle générale : toute condamnation à une peine d’au moins deux mois d’emprisonnement (ferme ou avec sursis) pour ces infractions ferme la voie de l’inscription. Pour des peines inférieures, l’ORIAS apprécie au cas par cas, en fonction de la nature des faits, de leur ancienneté, et du contexte.
Une condamnation pour des faits sans rapport avec l’activité financière (par exemple un délit routier ou une bagarre) ne disqualifie pas automatiquement, sauf si elle a entraîné une peine d’interdiction d’exercer une profession.

Les condamnations effacées et la prescription
Le droit français prévoit deux mécanismes qui peuvent rendre une condamnation invisible au B2 :
La réhabilitation. C’est l’effacement de la condamnation à l’issue d’un délai (3, 5 ou 10 ans selon la nature de la peine) sans nouvelle condamnation. La réhabilitation peut être de plein droit (automatique) ou judiciaire (sur demande au tribunal). Une fois réhabilité, votre B2 ne mentionne plus la condamnation, et vous pouvez postuler à l’ORIAS sans obstacle.
L’amnistie. Beaucoup plus rare, l’amnistie efface la condamnation par décision législative. Lorsque cela arrive (typiquement après une élection présidentielle dans certains contextes historiques), la condamnation disparaît du casier.
La prescription des peines. Si une peine n’a jamais été exécutée et que le délai de prescription est dépassé, elle ne peut plus l’être. Mais elle reste mentionnée au B2, ce qui peut maintenir un blocage à l’inscription.
Si vous pensez être concerné par une réhabilitation, vous pouvez vérifier votre B3 en ligne sur casier-judiciaire.justice.gouv.fr. Le B3 ne révèle pas tout, mais il vous donne une première indication. Pour une consultation officielle de votre B2, vous pouvez saisir le procureur de la République de votre département.
Le contrôle continu de l’honorabilité
L’honorabilité n’est pas un contrôle qu’on passe une fois et qu’on oublie. Elle est vérifiée à l’inscription initiale, mais aussi :
- Lors du renouvellement annuel ORIAS
- En cas de modification de votre dossier (changement de catégorie, de société)
- En cas de signalement d’une autorité (procureur, ACPR, organismes de lutte anti-blanchiment)
Si une condamnation pénale intervient en cours d’exercice, vous avez l’obligation de la déclarer à l’ORIAS dans les meilleurs délais. Le défaut de déclaration peut entraîner la radiation, voire des sanctions pénales pour fausse déclaration.
Pour bien tenir vos obligations annuelles, lisez notre article sur l’agenda de conformité annuelle du courtier.
Les recours en cas de refus
Si l’ORIAS refuse votre inscription pour défaut d’honorabilité, vous disposez de plusieurs voies de recours, à activer dans des délais précis.
Recours gracieux. Vous adressez à l’ORIAS un courrier détaillé exposant votre situation, les éventuelles pièces complémentaires (jugement, décision de réhabilitation, attestations professionnelles) et votre demande de réexamen. Délai indicatif : 2 mois après notification du refus.
Recours hiérarchique. Vous saisissez le ministère de l’Économie et des Finances, autorité de tutelle de l’ORIAS. Les chances de succès sont faibles si la condamnation est claire et récente, mais possibles si l’appréciation de l’ORIAS est contestable.
Recours contentieux. Vous saisissez le tribunal administratif compétent pour annuler la décision de refus. La procédure est longue (12 à 24 mois) et coûteuse (avocat conseillé). Elle a du sens si la décision de l’ORIAS apparaît disproportionnée ou entachée d’erreur de droit.
Demande de réhabilitation judiciaire. Si la condamnation à l’origine du refus n’est pas encore réhabilitée mais en remplit les conditions, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour obtenir la réhabilitation. Une fois prononcée, vous redéposez votre dossier ORIAS, qui devrait alors aboutir.
Pour aller plus loin sur les refus et leurs solutions, lisez notre article sur les refus ORIAS et les recours.
Foire aux questions
Une amende ou une contravention apparaissent-elles au B2 ?
Non. Les contraventions (les cinq classes) ne sont pas inscrites au B2. Une amende suite à une infraction au Code de la route ne vous empêchera donc pas de devenir courtier, sauf si elle est accompagnée d’une peine complémentaire d’interdiction professionnelle, ce qui est extrêmement rare.
Un sursis simple est-il bloquant ?
Tout dépend de la durée et de la nature de l’infraction. Un sursis simple pour une infraction de la liste disqualifiante (escroquerie, abus de confiance, etc.) avec une peine supérieure à deux mois est en règle générale bloquant. Pour des peines inférieures ou des faits sans rapport avec la finance, l’ORIAS apprécie au cas par cas.
Combien de temps pour qu’une condamnation soit effacée du B2 ?
Les délais de réhabilitation de plein droit sont fixés par le Code de procédure pénale : 3 ans pour les contraventions, 5 ans pour les délits, 10 ans pour les crimes, à compter de l’exécution de la peine. La réhabilitation judiciaire peut être obtenue plus tôt sur demande motivée.
Faut-il déclarer une condamnation ancienne effacée par la réhabilitation ?
Non. Une condamnation réhabilitée est juridiquement effacée. Vous n’avez pas à la mentionner, ni dans votre dossier ORIAS, ni dans aucune procédure professionnelle. Le B2 demandé par l’ORIAS ne la fera pas apparaître.
L’ORIAS prévient-il avant un refus pour défaut d’honorabilité ?
Oui. L’ORIAS notifie systématiquement l’intention de refus et laisse un délai de réponse pour produire des observations, des pièces complémentaires ou une demande d’audition. C’est l’occasion de fournir des éléments de contexte, des attestations d’employeurs, ou la preuve d’une réhabilitation en cours.
Une condamnation prononcée à l’étranger compte-t-elle ?
Oui, dans certains cas. L’ORIAS peut tenir compte d’une condamnation étrangère si elle correspond à une infraction listée par le Code des assurances. La déclaration des condamnations étrangères est de votre responsabilité. Une dissimulation peut être sanctionnée pour fausse déclaration.
Une faillite personnelle empêche-t-elle de devenir courtier ?
Oui. La faillite personnelle non réhabilitée est explicitement listée à l’article L. 322-2 comme empêchant l’inscription. Une fois la réhabilitation obtenue, l’inscription devient possible. La procédure de réhabilitation peut être demandée au tribunal de commerce.
En synthèse
L’honorabilité est un filtre à l’entrée de la profession, mais ce n’est pas un piège. La majorité des candidats au métier de courtier passent ce contrôle sans difficulté. Les cas problématiques concernent essentiellement des condamnations pour escroquerie, abus de confiance, faux, blanchiment, ou faillite personnelle non réhabilitée. Si vous êtes dans une situation incertaine, faites une vérification préalable de votre B3, et au besoin, sollicitez un conseil juridique avant d’engager les frais de formation et d’inscription.
Pour ceux dont le casier ne pose pas problème, l’étape suivante est de préparer la formation IAS et de maîtriser l’ensemble du parcours. Suivez notre guide pour devenir courtier en assurance et le détail de l’inscription ORIAS étape par étape. Pour les exigences éthiques au-delà du seul casier, consultez aussi nos articles sur le Code des assurances essentiel et la déontologie du courtier.
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