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Code des assurances : essentiel

42 min de lecture
Code assurances réglementation

Le Code des assurances, c’est plus de 3 000 articles. Personne ne les connaît tous. Mais il y a une trentaine d’articles que tout courtier doit maîtriser sur le bout des doigts. Ce sont ceux que l’ACPR vous opposera lors d’un contrôle. Ceux que le tribunal citera dans un jugement. Ceux que votre client invoquera en cas de litige. Ceux que vous devez connaître pour exercer votre métier avec compétence, sérénité et professionnalisme.

Documents administratifs et réglementation ORIAS pour courtiers en assurance

Ce guide n’a pas vocation à remplacer une lecture intégrale du Code des assurances. Il vise à vous fournir une cartographie précise des articles essentiels, organisés par thème, avec pour chacun une explication en français clair, la raison pour laquelle il concerne directement votre activité de courtier, et une mise en situation pratique. Si vous débutez dans le métier et souhaitez comprendre le parcours complet pour exercer, commencez par notre guide pour devenir courtier en assurance.

Le Code des assurances est structuré en plusieurs livres. En tant que courtier, trois zones du Code concentrent l’essentiel de vos obligations : le Livre V consacré aux intermédiaires d’assurance, le Livre I dans sa partie relative au contrat d’assurance (formation, preuve, obligations des parties, résiliation), et les dispositions spécifiques aux sinistres et aux assurances obligatoires. C’est dans cet ordre que nous allons procéder.

Le Livre V : l’intermédiaton en assurance

Le Livre V du Code des assurances est votre livre de référence. C’est celui qui définit ce qu’est un intermédiaire d’assurance, qui peut exercer, dans quelles conditions, et avec quelles obligations. La quasi-totalité de ces dispositions ont été réécrites ou renforcées lors de la transposition de la Directive sur la Distribution d’Assurance (DDA, directive 2016/97/UE). Pour un panorama complet des évolutions récentes de la DDA, consultez notre article dédié à la DDA en 2026.

Article L. 511-1 : la définition de l’intermédiaton en assurance

L’article L. 511-1 du Code des assurances constitue le point d’entrée de toute la réglementation applicable à votre activité. Il définit l’intermédiaton en assurance comme l’activité qui consiste à présenter, proposer ou aider à conclure des contrats d’assurance ou de réassurance, ou à réaliser d’autres travaux préparatoires à leur conclusion. Il précise également que la gestion et l’exécution de ces contrats, notamment en cas de sinistre, relèvent de l’intermédiaton.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : dès lors que vous présentez un produit d’assurance à un prospect, que vous l’aidez à comparer des offres, que vous recueillez ses besoins ou que vous l’assistez dans la gestion d’un sinistre, vous exercez une activité d’intermédiaton au sens de la loi. Cette activité est réglementée et soumise à immatriculation obligatoire auprès de l’ORIAS.

Application pratique : un ami vous demande conseil sur son assurance auto lors d’un dîner. Vous lui donnez un avis général, sans formalisme. Aucun problème. En revanche, si vous lui envoyez ensuite un devis, mettez en relation avec un assureur ou percevez une commission, vous êtes dans l’intermédiaton. L’ensemble des obligations légales s’appliquent, y compris le devoir de conseil formalisé.

L’article L. 511-1 couvre aussi les comparateurs en ligne et les intermédiaires à titre accessoire. La définition est volontairement large pour éviter les contournements. Si vous intervenez, même de manière ponctuelle, dans le processus de distribution d’un contrat d’assurance, vous êtes concerné.

Article L. 512-1 : l’obligation d’immatriculation à l’ORIAS

L’article L. 512-1 pose une règle absolue : nul ne peut exercer l’activité d’intermédiaire en assurance sans être immatriculé au registre unique des intermédiaires tenu par l’ORIAS (Organisme pour le Registre unique des Intermédiaires en Assurance, banque et finance).

Cette immatriculation n’est pas une simple formalité. Elle suppose que vous remplissiez des conditions de capacité professionnelle (la formation IAS de 150 heures pour le niveau 1), d’honorabilité (absence de condamnations pour certaines infractions), de couverture par une assurance de responsabilité civile professionnelle, et le cas échéant de garantie financière si vous encaissez des fonds.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : vous ne pouvez pas commencer à exercer tant que votre numéro ORIAS n’est pas actif. L’immatriculation doit être renouvelée chaque année. Tout manquement expose à des sanctions pénales : l’exercice sans immatriculation est un délit puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende (article L. 512-2 du Code des assurances).

Application pratique : vous venez de terminer votre formation IAS 150 heures, vous avez votre attestation de capacité professionnelle, votre RC Pro est souscrite. Vous devez déposer votre dossier auprès de l’ORIAS et attendre la validation de votre immatriculation avant de solliciter le moindre prospect. Pour un guide détaillé de cette procédure, consultez notre article sur l’inscription ORIAS étape par étape.

Article L. 513-1 : les catégories d’intermédiaires

L’article L. 513-1 distingue quatre catégories d’intermédiaires d’assurance :

CatégorieSigleDéfinition
Courtier en assuranceCOAMandataire de l’assuré, exerce en toute indépendance
Agent général d’assuranceAGAMandataire d’une ou plusieurs compagnies d’assurance
Mandataire d’intermédiaire d’assuranceMIAAgit pour le compte d’un courtier ou d’un agent général
Mandataire d’assuranceMAAgit pour le compte direct d’une compagnie d’assurance

Ce que cela signifie concrètement pour vous : votre catégorie détermine votre statut juridique, votre mode de rémunération, la nature de votre responsabilité et vos obligations spécifiques. En tant que courtier (COA), vous êtes mandataire de votre client. Vous agissez dans son intérêt. C’est une différence fondamentale avec l’agent général, qui représente la compagnie. Cette distinction irrigue l’ensemble du devoir de conseil et de la responsabilité civile.

Application pratique : lors de votre premier rendez-vous avec un prospect, vous devez lui indiquer clairement votre catégorie d’intermédiaire. Vous êtes courtier, vous travaillez pour lui, pas pour une compagnie en particulier. Cette transparence est obligatoire et doit figurer dans vos documents précontractuels.

Articles L. 513-2 et L. 513-3 : conditions d’accès et d’exercice

L’article L. 513-2 détaille les conditions d’accès à la profession pour chaque catégorie. Pour les courtiers, il renvoie aux exigences de capacité professionnelle définies par arrêté. L’arrêté du 26 septembre 2018 (NOR ECOT1818066A) fixe le contenu et la durée de la formation IAS : 150 heures pour le niveau 1, réparties en cinq unités de valeur couvrant les savoirs généraux, l’assurance de personnes, l’assurance vie, les contrats collectifs et l’assurance de biens et responsabilité.

L’article L. 513-3 impose des conditions d’honorabilité. Certaines condamnations pénales entraînent une incapacité d’exercer. L’ORIAS vérifie systématiquement le bulletin n° 2 du casier judiciaire de chaque candidat à l’immatriculation.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : la formation IAS 150 heures n’est pas une option. C’est le socle légal de votre droit d’exercer. Sans cette capacité professionnelle, pas d’immatriculation ORIAS, et sans immatriculation, pas d’activité légale.

Article L. 514-1 : la liberté d’établissement et la libre prestation de services

L’article L. 514-1 traite de la possibilité pour un intermédiaire immatriculé dans un autre État membre de l’Union européenne d’exercer en France, et réciproquement. Ce mécanisme de passeport européen découle du droit communautaire et de la DDA.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si vous envisagez de développer votre activité dans d’autres pays de l’UE, ce texte en fixe le cadre. Il implique aussi que des courtiers immatriculés dans d’autres États membres peuvent exercer sur le marché français, ce qui accroît la concurrence.

Article L. 521-1 : le principe général de loyauté

L’article L. 521-1 est le texte fondateur du devoir de conduite des intermédiaires d’assurance depuis la transposition de la DDA. Il dispose que tout intermédiaire d’assurance doit agir de manière honnête, impartiale et professionnelle, au mieux des intérêts du souscripteur ou de l’adhérent.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : ce texte pose un principe général de loyauté qui irrigue l’ensemble de votre activité. Il ne suffit pas de respecter les obligations formelles (documents, délais). Vous devez en permanence agir dans l’intérêt de votre client. Ce principe sera le premier critère d’appréciation de votre responsabilité par un tribunal en cas de litige.

Application pratique : un assureur vous propose une commission majorée sur un produit que vous savez inadapté au profil de votre client. L’article L. 521-1 vous interdit de recommander ce produit. Votre intérêt financier ne peut pas primer sur l’intérêt du client. Si vous le faites, et que le client subit un préjudice, votre responsabilité sera engagée sur le fondement de ce texte.

Article L. 521-2 : l’obligation d’information préalable

L’article L. 521-2 impose à tout intermédiaire d’assurance de communiquer au client, avant la conclusion du contrat, un ensemble d’informations relatives à son identité, son immatriculation, ses liens éventuels avec des compagnies d’assurance, sa rémunération et les procédures de réclamation disponibles.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : vous devez remettre à chaque prospect, avant toute souscription, un document d’entrée en relation qui contient ces informations. Ce document doit être écrit, clair, et conservé. En cas de contrôle de l’ACPR, c’est l’un des premiers documents qui sera vérifié. Pour comprendre le rôle et les pouvoirs de contrôle de l’ACPR, consultez notre article sur l’ACPR et ses contrôles en 2026.

Application pratique : vous rencontrez un prospect pour la première fois. Avant même de parler de ses besoins en assurance, vous lui remettez votre document d’information précontractuel. Il y trouve votre numéro ORIAS, votre adresse, le nom de votre RC Pro, et la mention indiquant si vous êtes rémunéré par commissions, honoraires ou un mixte des deux.

Article L. 521-3 : le recueil des besoins et le conseil personnalisé

L’article L. 521-3 est le cœur opérationnel du devoir de conseil. Il impose à l’intermédiaire de préciser, sur la base des informations obtenues auprès du client, les exigences et les besoins de celui-ci, ainsi que les raisons qui motivent le conseil fourni quant à un produit d’assurance déterminé.

Ce conseil doit être personnalisé. Un conseil générique, non adapté à la situation particulière du client, ne satisfait pas aux exigences de l’article L. 521-3.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : vous devez formaliser par écrit le recueil des besoins du client (questionnaire, fiche de recueil), analyser ces besoins, sélectionner un produit adapté, et expliquer par écrit pourquoi ce produit est le plus adapté. Cette trace écrite est votre meilleure protection en cas de litige.

Application pratique : un client vous sollicite pour une assurance emprunteur. Vous lui posez des questions sur le montant du prêt, sa durée, son état de santé, ses activités sportives, ses autres couvertures. Vous consignez tout. Vous lui proposez une garantie adaptée. Vous rédigez une fiche de conseil expliquant pourquoi cette garantie répond à ses besoins spécifiques. Cette fiche, signée par le client, est conservée dans le dossier.

Pour approfondir l’ensemble du devoir de conseil, ses trois composantes (information, conseil, mise en garde) et les bonnes pratiques, consultez notre guide complet sur le devoir de conseil du courtier.

Article L. 521-4 : l’obligation de conseil dans la durée

L’article L. 521-4 étend l’obligation de conseil au-delà de la souscription initiale. Il s’applique tout au long de la relation contractuelle : lors des renouvellements, des avenants, des modifications de situation du client.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : votre devoir de conseil ne s’arrête pas à la signature du contrat. Si votre client change de situation (déménagement, mariage, création d’entreprise, acquisition immobilière), vous devez réexaminer l’adéquation de ses couvertures. Si un contrat arrive à échéance et que les conditions du marché ont évolué, vous devez en informer votre client.

Application pratique : un client vous informe qu’il a acheté un second véhicule. Vous devez vérifier que sa couverture auto est toujours adaptée, proposer les ajustements nécessaires, et formaliser le conseil. Ne pas réagir à cette information constituerait un manquement au devoir de conseil dans la durée.

Article L. 521-5 : les produits d’investissement fondés sur l’assurance

L’article L. 521-5 prévoit des obligations renforcées lorsque l’intermédiaire distribue des produits d’investissement fondés sur l’assurance (contrats d’assurance vie en unités de compte, contrats de capitalisation). Il impose une évaluation de l’adéquation du produit au profil de l’investisseur, incluant ses connaissances, son expérience, sa situation financière et ses objectifs d’investissement.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si vous distribuez de l’assurance vie en unités de compte, les exigences sont plus strictes que pour une assurance IARD classique. Vous devez réaliser un test d’adéquation complet et consigner les résultats. Le simple recueil des besoins de l’article L. 521-3 ne suffit pas.

Article L. 521-6 : la vente croisée

L’article L. 521-6 encadre les pratiques de vente croisée, c’est-à-dire la proposition d’un produit d’assurance en complément d’un autre bien ou service. Il impose que le client puisse acheter séparément chaque composante et que l’information soit claire sur le prix et les caractéristiques de chaque élément.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si vous proposez une assurance emprunteur lors du montage d’un prêt, ou une garantie de prévoyance lors de la souscription d’un contrat santé, vous devez permettre au client de souscrire chaque produit indépendamment. La vente liée forcée est interdite.

Synthèse des articles clés du Livre V

ArticleObjetObligation principale
L. 511-1Définition intermédiatonChamp d’application de la réglementation
L. 512-1Immatriculation ORIASObligation préalable à toute activité
L. 513-1Catégories d’intermédiairesDétermination du statut et des obligations spécifiques
L. 513-2Conditions d’accèsCapacité professionnelle (IAS 150h), honorabilité, RC Pro
L. 521-1LoyautéAgir au mieux des intérêts du client
L. 521-2Information préalableDocument d’entrée en relation obligatoire
L. 521-3Conseil personnaliséRecueil des besoins et motivation écrite du conseil
L. 521-4Conseil dans la duréeSuivi et adaptation continue des couvertures
L. 521-5Produits d’investissementÉvaluation d’adéquation renforcée
L. 521-6Vente croiséeInterdiction de la vente liée forcée

Le contrat d’assurance : formation, preuve et prescription (articles L. 112-1 à L. 114-3)

Le Livre I du Code des assurances régit le contrat d’assurance dans tous ses aspects. En tant que courtier, vous intervenez dans la formation de ces contrats, vous conseillez vos clients sur leur contenu, et vous les assistez tout au long de leur exécution. La maîtrise de ces articles est donc indispensable.

Article L. 112-1 : la proposition d’assurance

L’article L. 112-1 dispose que l’assurance peut être contractée en vertu d’un mandat général ou spécial ou même sans mandat, pour le compte d’une personne déterminée. Il précise surtout que la proposition d’assurance n’engage ni l’assuré ni l’assureur. Seule la police ou la note de couverture constate leur engagement réciproque.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : lorsque vous transmettez un devis à votre client, ce document ne vaut pas contrat. Le client n’est pas engagé, l’assureur non plus. L’engagement naît uniquement de la signature de la police ou de l’émission d’une note de couverture. C’est une distinction fondamentale à expliquer à vos clients, qui pensent souvent être couverts dès réception d’un devis.

Application pratique : un prospect vous demande un devis pour sa RC Pro. Vous obtenez une proposition d’un assureur et la transmettez au prospect. Le prospect vous dit “c’est bon, je prends”. Cette déclaration orale ne constitue pas une souscription. Tant que la police n’est pas émise ou qu’une note de couverture n’est pas délivrée, il n’est pas assuré. Si un sinistre survient entre-temps, il n’est pas couvert. Vous devez le prévenir explicitement.

Article L. 112-2 : la note de couverture

L’article L. 112-2 traite de la note de couverture, qui est un document provisoire constatant la garantie avant l’établissement de la police définitive. Il précise également les mentions obligatoires que doit contenir la police d’assurance : les noms et domiciles des parties, la chose assurée, les risques garantis, le montant de la prime, la durée du contrat.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : la note de couverture est un outil précieux dans votre pratique quotidienne. Elle permet d’offrir une couverture immédiate au client en attendant la police définitive. Mais elle doit contenir des mentions précises. Une note de couverture incomplète ou ambiguë peut être source de contentieux.

Article L. 112-3 : la preuve du contrat d’assurance

L’article L. 112-3 pose les règles de preuve du contrat d’assurance. Il prévoit que le contrat d’assurance est rédigé par écrit et que la police d’assurance est signée par les parties. Toutefois, il admet que la preuve du contrat puisse résulter de la correspondance échangée entre les parties.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : en cas de litige sur l’existence ou le contenu d’un contrat, c’est l’écrit qui fait foi. Vos échanges de mails avec l’assureur et le client peuvent constituer des éléments de preuve. C’est une raison supplémentaire de tout formaliser par écrit et de conserver scrupuleusement vos archives.

Application pratique : un client conteste avoir souscrit une option de franchise majorée. Vous retrouvez dans vos archives l’échange de mails dans lequel il a expressément accepté cette option. Cet échange fait preuve conformément à l’article L. 112-3 et vous protège.

Article L. 112-4 : la remise des documents contractuels

L’article L. 112-4 impose à l’assureur de remettre à l’assuré un exemplaire de la convention d’assurance, y compris les conditions générales et les conditions particulières. Il précise que les clauses des polices édictant des nullités, des déchéances ou des exclusions ne sont valables que si elles sont mentionnées en caractères très apparents.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : lorsque vous remettez les documents contractuels à votre client, vérifiez que l’ensemble des pièces y figure. Si une exclusion ou une déchéance n’est pas mentionnée en caractères très apparents, elle pourrait être déclarée inopposable au client par un tribunal. C’est un point de vigilance lors de la vérification des polices avant remise au client.

Application pratique : vous recevez la police d’un assureur. Vous la parcourez et constatez qu’une exclusion importante (par exemple, l’exclusion des dommages liés à un défaut d’entretien) est noyée dans un long paragraphe en petits caractères. Vous signalez le problème à l’assureur et demandez que la clause soit reformulée conformément à l’article L. 112-4. En parallèle, vous attirez l’attention de votre client sur cette exclusion.

Article L. 114-1 : la prescription biennale

L’article L. 114-1 est l’un des articles les plus importants du Code des assurances en matière de contentieux. Il dispose que toutes les actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance.

Ce délai de deux ans, appelé prescription biennale, est un délai court. Il peut surprendre les assurés habitués à la prescription quinquennale du droit commun (article 2224 du Code civil).

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si votre client ne déclare pas un sinistre dans les deux ans suivant sa survenance, ou s’il n’agit pas en justice dans les deux ans suivant le refus de garantie de l’assureur, son action est prescrite. Il ne pourra plus rien réclamer. C’est votre rôle de courtier de l’informer de ce délai et de veiller au respect des échéances.

Application pratique : un client vous informe qu’il a subi un dégât des eaux il y a 18 mois mais n’a jamais fait de déclaration à son assureur. Il reste six mois avant la prescription. Vous devez agir immédiatement : déclaration de sinistre, constitution du dossier, mise en demeure si nécessaire. Chaque jour compte.

Article L. 114-2 : les causes d’interruption de la prescription

L’article L. 114-2 énumère les actes qui interrompent la prescription biennale :

  • La désignation d’experts à la suite d’un sinistre
  • L’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception par l’assuré à l’assureur, en ce qui concerne le règlement de l’indemnité
  • L’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception par l’assureur à l’assuré, en ce qui concerne le paiement de la prime

Ce que cela signifie concrètement pour vous : l’interruption de la prescription fait courir un nouveau délai de deux ans à compter de l’acte interruptif. C’est un mécanisme que vous devez connaître et utiliser stratégiquement pour protéger les droits de vos clients.

Application pratique : dans l’exemple précédent du dégât des eaux, si le temps presse, vous pouvez recommander à votre client d’envoyer immédiatement une lettre recommandée avec accusé de réception à l’assureur pour interrompre la prescription. Un nouveau délai de deux ans commencera à courir à compter de la réception de cette lettre.

Article L. 114-3 : l’obligation d’information sur la prescription

L’article L. 114-3 dispose que les polices d’assurance doivent rappeler les dispositions relatives à la prescription biennale. À défaut, la prescription n’est pas opposable à l’assuré.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si l’assureur a omis de mentionner la prescription biennale dans la police, il ne peut pas invoquer la prescription pour refuser l’indemnisation. C’est un moyen de défense important que vous pouvez soulever au bénéfice de votre client.

Application pratique : un assureur refuse d’indemniser votre client au motif que la déclaration de sinistre est intervenue plus de deux ans après le fait générateur. Vous relisez la police et constatez qu’elle ne mentionne pas les dispositions de l’article L. 114-1 sur la prescription. Vous invoquez l’article L. 114-3 : la prescription est inopposable à votre client. L’assureur doit instruire le dossier.

Les obligations des parties au contrat (articles L. 113-1 à L. 113-17)

Les articles L. 113-1 à L. 113-17 constituent le socle des obligations réciproques de l’assureur et de l’assuré. Pour un courtier, la maîtrise de ces textes est quotidienne : ils définissent ce que le client doit faire (déclarer les risques, payer la prime) et ce que l’assureur doit faire (garantir, indemniser).

Article L. 113-1 : les exclusions de garantie

L’article L. 113-1 pose un principe fondamental : les pertes et les dommages occasionnés par des cas fortuits ou causés par la faute de l’assuré sont à la charge de l’assureur, sauf exclusion formelle et limitée contenue dans la police. En revanche, l’assureur ne répond pas des pertes et dommages provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : la faute simple de l’assuré est couverte. Seule la faute intentionnelle est exclue de plein droit. Pour toute autre exclusion, elle doit être formellement et limitativement stipulée dans la police. Une exclusion vague, imprécise ou trop large pourra être annulée par le juge.

Application pratique : un client renverse accidentellement un pot de peinture sur le sol de son locataire. C’est une faute (négligence), mais pas une faute intentionnelle. Son assurance habitation doit couvrir le sinistre. Si l’assureur refuse en invoquant une exclusion, vérifiez que cette exclusion est bien “formelle et limitée” au sens de l’article L. 113-1. Si elle est rédigée de manière trop vague, elle est contestable.

Article L. 113-2 : les obligations de l’assuré

L’article L. 113-2 énumère les obligations fondamentales de l’assuré :

  1. Payer la prime aux époques convenues
  2. Répondre exactement aux questions posées par l’assureur lors de la souscription, notamment dans le formulaire de déclaration du risque
  3. Déclarer en cours de contrat les circonstances nouvelles qui ont pour conséquence d’aggraver les risques ou d’en créer de nouveaux, dans un délai de quinze jours à partir du moment où il en a connaissance
  4. Déclarer le sinistre dans le délai prévu par le contrat, et au plus tard dans les cinq jours ouvrables suivant la connaissance du sinistre (deux jours ouvrables en cas de vol)

Ce que cela signifie concrètement pour vous : votre rôle de courtier implique de vous assurer que votre client remplit correctement ces obligations. Vous devez vérifier l’exactitude des déclarations lors de la souscription, rappeler au client son obligation de déclarer toute aggravation de risque, et l’assister dans les déclarations de sinistre en respectant les délais légaux.

Application pratique : un client vous informe qu’il a installé un poêle à bois dans sa maison. C’est une circonstance nouvelle qui peut modifier le risque incendie. Vous devez la déclarer à l’assureur dans les quinze jours. Ne pas le faire expose votre client à une réduction d’indemnité, voire à une déchéance de garantie en cas de sinistre.

Article L. 113-4 : l’aggravation du risque

L’article L. 113-4 traite des conséquences de l’aggravation du risque en cours de contrat. Lorsque l’assuré déclare une aggravation, l’assureur dispose de deux options : il peut soit proposer un nouveau montant de prime adapté au risque aggravé, soit résilier le contrat dans un délai de trente jours. Si l’assuré n’accepte pas le nouveau tarif, l’assureur peut résilier le contrat dix jours après notification.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : vous devez expliquer à votre client que la déclaration d’aggravation peut entraîner une hausse de prime ou une résiliation. Mais ne pas déclarer est pire : en cas de sinistre, l’article L. 113-9 s’appliquera (réduction proportionnelle de l’indemnité, voire nullité du contrat en cas de mauvaise foi).

Article L. 113-8 : la nullité pour fausse déclaration intentionnelle

L’article L. 113-8 sanctionne la réticence ou la fausse déclaration intentionnelle de l’assuré. Lorsque la mauvaise foi est établie, le contrat est nul. L’assureur conserve les primes perçues à titre de dommages et intérêts. En cas de sinistre, l’assuré ne reçoit aucune indemnité.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : c’est l’un des articles les plus sévères du Code. La nullité est rétroactive et totale. Elle prive l’assuré de toute indemnisation, même pour les sinistres antérieurs à la découverte de la fausse déclaration. En tant que courtier, vous avez un rôle crucial : vérifier la cohérence des déclarations de votre client et l’alerter sur les conséquences d’une fausse déclaration.

Application pratique : un client vous demande de souscrire une assurance santé. Dans le questionnaire médical, il omet de mentionner un traitement en cours pour une pathologie cardiaque. Vous devez lui expliquer que cette omission, si elle est découverte, entraînera la nullité du contrat sur le fondement de l’article L. 113-8. Il ne sera remboursé de rien, y compris pour des soins sans rapport avec la pathologie dissimulée.

Article L. 113-9 : la fausse déclaration non intentionnelle

L’article L. 113-9 traite de la fausse déclaration commise de bonne foi, sans intention de tromper. Dans ce cas, le contrat n’est pas nul, mais :

  • Si la fausse déclaration est découverte avant sinistre : l’assureur peut soit résilier le contrat (avec remboursement de la fraction de prime pour la période non couverte), soit proposer une majoration de prime
  • Si la fausse déclaration est découverte après sinistre : l’indemnité est réduite en proportion du taux des primes payées par rapport au taux des primes qui auraient été dues si les risques avaient été complètement et exactement déclarés

C’est la fameuse “règle proportionnelle de prime”.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : même une erreur de bonne foi a des conséquences financières. Si un client déclare une surface habitable de 80 m² alors qu’elle est en réalité de 120 m², et qu’un sinistre survient, l’indemnité sera réduite dans la proportion 80/120, soit une amputation d’un tiers. Votre rôle est de vérifier les déclarations et de minimiser les risques d’erreur.

Article L. 113-12 : la résiliation annuelle

L’article L. 113-12 consacre le droit de résiliation annuelle du contrat d’assurance. L’assuré peut résilier le contrat à l’expiration d’un délai d’un an, en envoyant une lettre recommandée à l’assureur au moins deux mois avant la date d’échéance.

Ce texte a été complété par la loi Hamon (loi n° 2014-344 du 17 mars 2014), qui a introduit la possibilité de résilier certains contrats (auto, habitation, affinitaires) à tout moment apres le premier anniversaire du contrat, sans frais ni pénalités (article L. 113-15-2).

Plus récemment, la loi du 28 février 2022 (dite loi Lemoine) a étendu cette faculté de résiliation à tout moment aux contrats d’assurance emprunteur, sans condition de délai.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : la résiliation est un levier commercial essentiel pour votre activité de courtier. Elle vous permet de proposer à des prospects de quitter leur assureur actuel pour une offre plus adaptée. Mais vous devez maîtriser les modalités spécifiques à chaque type de contrat : délai de préavis, forme de la notification, date de prise d’effet.

Type de contratBase légaleModalité de résiliation
Tous contratsL. 113-12À échéance annuelle, préavis 2 mois
Auto, habitation, affinitairesL. 113-15-2 (loi Hamon)À tout moment après 1 an, préavis 1 mois
Assurance emprunteurL. 113-12-2 (loi Lemoine)À tout moment, sans délai minimum
Santé individuelleL. 113-15-2À tout moment après 1 an
Contrats collectifs santéL. 113-15-2Résiliation infra-annuelle sous conditions

Article L. 113-12-1 : l’information préalable à la résiliation

L’article L. 113-12-1 impose à l’assureur d’informer l’assuré, au moins quinze jours avant la date limite de résiliation, de la possibilité de ne pas reconduire le contrat. À défaut, l’assuré peut résilier le contrat sans pénalités, à tout moment à compter de la date de reconduction.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si un assureur a omis d’envoyer l’avis d’échéance dans les délais, votre client dispose d’une fenêtre élargie de résiliation. C’est un argument que vous pouvez utiliser pour débloquer des situations où un client pense être “coincé” avec son assureur actuel.

Article L. 113-16 : la résiliation pour changement de situation

L’article L. 113-16 prévoit des cas de résiliation anticipée liés à un changement de situation personnelle de l’assuré : changement de domicile, de situation matrimoniale, de régime matrimonial, de profession, retraite professionnelle ou cessation définitive d’activité professionnelle.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : ces événements ouvrent un droit de résiliation dans les trois mois suivant la date de l’événement, avec effet un mois après la notification à l’assureur. C’est un outil utile pour vos clients en reconversion professionnelle, en divorce, ou en déménagement.

Article L. 113-17 : la direction du procès par l’assureur

L’article L. 113-17 dispose que l’assureur qui garantit la responsabilité civile de l’assuré a le droit de diriger, au nom de l’assuré, la défense contre le tiers lésé. L’assuré doit alors se soumettre aux directives de l’assureur pour la gestion du litige.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : en cas de sinistre de responsabilité civile, c’est généralement l’assureur qui choisit l’avocat et qui décide de la stratégie de défense. Votre client n’est pas toujours libre de conduire le procès comme il l’entend. Informez-le de cette réalité dès la souscription.

Les sinistres : principes d’indemnisation (articles L. 121-1 et L. 122-1)

Article L. 121-1 : le principe indemnitaire

L’article L. 121-1 pose le principe indemnitaire, pierre angulaire du droit des assurances de dommages : l’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité ; l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : l’assurance n’est pas un moyen de s’enrichir. Elle vise à replacer l’assuré dans la situation financière qui était la sienne avant le sinistre, ni plus, ni moins. Un client ne peut pas toucher plus que la valeur du bien sinistré. Si un bien est surrassuré (assuré pour une valeur supérieure à sa valeur réelle), l’excédent de prime est perdu et l’indemnité sera limitée à la valeur réelle.

Application pratique : un client assure son véhicule pour 25 000 euros alors que sa valeur Argus est de 15 000 euros. En cas de perte totale, il ne touchera que 15 000 euros. Vous devez l’alerter sur cet écart et ajuster la couverture pour éviter qu’il ne paie des primes inutiles.

L’article L. 121-1 comporte toutefois des aménagements. Les contrats “valeur à neuf” permettent, moyennant une prime majorée, de remplacer un bien sinistré par un bien neuf équivalent. De même, les contrats en “valeur agréée” fixent d’avance la valeur du bien assuré, ce qui évite les contestations lors du sinistre.

Article L. 122-1 : la proportionnalité des capitaux

L’article L. 122-1 prévoit la règle proportionnelle de capitaux. Lorsque la valeur assurée est inférieure à la valeur réelle du bien au moment du sinistre (sous-assurance), l’indemnité est réduite dans la proportion de la valeur assurée par rapport à la valeur réelle.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : la sous-assurance est un piège fréquent. Si un client assure le contenu de son logement pour 30 000 euros alors que la valeur réelle est de 60 000 euros, et qu’un sinistre cause 20 000 euros de dommages, l’indemnité sera réduite de moitié : il ne touchera que 10 000 euros (20 000 x 30 000/60 000).

Application pratique : lors de la souscription d’une multirisque habitation, vous devez aider votre client à évaluer correctement la valeur de ses biens mobiliers. Une estimation trop basse expose à la règle proportionnelle. Une estimation trop haute génère des primes inutiles. Votre conseil doit permettre de trouver le juste équilibre.

SituationValeur réelleValeur assuréeSinistreIndemnité versée
Assurance adéquate60 00060 00020 00020 000
Sous-assurance60 00030 00020 00010 000
Surrassurance60 00090 00020 00020 000 (plafonnée à la valeur réelle)

Les assurances obligatoires : des articles à connaître impérativement

Certaines branches d’assurance font l’objet d’obligations légales de souscription. En tant que courtier, vous devez connaître ces obligations pour orienter correctement vos clients et vous assurer qu’ils sont en conformité avec la loi.

Article L. 211-1 : l’obligation d’assurance automobile

L’article L. 211-1 impose à toute personne physique ou morale, autre que l’État, dont la responsabilité civile peut être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d’atteintes aux personnes ou aux biens dans la réalisation desquels un véhicule terrestre à moteur est impliqué, d’être couverte par une assurance garantissant cette responsabilité.

C’est l’article fondateur de l’assurance automobile obligatoire en France. Il résulte de la loi du 27 février 1958 et a été intégré au Code des assurances.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : tout véhicule terrestre à moteur doit être assuré, même s’il ne roule pas (un véhicule stationné dans un garage doit être assuré). L’obligation porte sur la responsabilité civile (garantie au tiers). Les garanties complémentaires (vol, incendie, bris de glace, tous risques) ne sont pas obligatoires mais relèvent du conseil.

Application pratique : un client vous dit qu’il a un vieux véhicule qu’il n’utilise plus et qu’il a résilié son assurance. Vous devez l’informer qu’il est en infraction avec l’article L. 211-1. Même immobilisé, le véhicule doit être assuré au minimum en responsabilité civile. À défaut, le propriétaire s’expose à une amende forfaitaire de 500 euros (majorée à 3 750 euros en cas de non-paiement) et à la confiscation du véhicule.

Le défaut d’assurance automobile est un contentieux de masse. Selon le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO), environ 700 000 véhicules circulent sans assurance en France. Les sinistres causés par ces véhicules sont indemnisés par le FGAO, qui exerce ensuite un recours contre le responsable non assuré.

Article L. 241-1 : l’assurance construction obligatoire (dommages-ouvrage)

L’article L. 241-1 impose à toute personne physique ou morale qui, agissant en qualité de propriétaire de l’ouvrage, de vendeur ou de mandataire du propriétaire, fait réaliser des travaux de construction, de souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier.

Cette assurance garantit le paiement de la totalité des travaux de réparation des désordres relevant de la garantie décennale (article 1792 du Code civil), sans attendre qu’un tribunal ait déterminé les responsabilités.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si vos clients sont des professionnels de l’immobilier (promoteurs, marchands de biens, constructeurs), la dommages-ouvrage est un produit que vous devez impérativement proposer. Pour les particuliers qui font construire, l’obligation existe aussi, même si elle est rarement respectée en pratique.

L’absence de dommages-ouvrage n’est pas sanctionnée pénalement pour les particuliers, contrairement à l’obligation d’assurance auto. En revanche, les professionnels qui ne souscrivent pas la dommages-ouvrage s’exposent à des sanctions pénales prévues à l’article L. 243-3 du Code des assurances : six mois d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

Application pratique : un client promoteur immobilier vous sollicite pour l’assurance de son nouveau programme. Vous devez impérativement inclure la dommages-ouvrage dans votre proposition, en complément de la RC décennale des entreprises intervenantes. L’omission de ce conseil vous exposerait à une responsabilité en cas de sinistre.

L’assurance RC décennale (article L. 241-2 et loi Spinetta)

L’article L. 241-2, issu de la loi Spinetta du 4 janvier 1978, impose à tout constructeur d’un ouvrage de souscrire une assurance couvrant sa responsabilité décennale. Cette obligation s’applique aux architectes, entrepreneurs, techniciens et autres personnes liées au maître d’ouvrage par un contrat de louage d’ouvrage.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si vos clients sont des artisans ou des entreprises du bâtiment, la RC décennale est une obligation absolue. L’exercice sans assurance décennale est un délit. C’est aussi l’un des produits les plus demandés et les plus techniques du marché de l’assurance. La maîtrise de ce cadre légal est un avantage concurrentiel significatif pour tout courtier spécialisé dans le BTP.

Tableau récapitulatif des assurances obligatoires les plus courantes

Assurance obligatoireBase légaleQui est concernéSanction en cas de défaut
RC automobileL. 211-1Tout propriétaire de véhicule terrestre à moteurAmende, confiscation, suspension de permis
Dommages-ouvrageL. 241-1Maître d’ouvrage (construction neuve)Sanctions pénales pour les professionnels
RC décennaleL. 241-2Constructeurs, artisans du bâtimentSanctions pénales (6 mois, 75 000 euros)
RC professionnelleSelon professionProfessions réglementées (courtiers, avocats, médecins)Selon réglementation sectorielle
Assurance habitationLoi n° 89-462 (loi du 6 juillet 1989, art. 7)LocatairesRésiliation du bail par le bailleur

La prescription et les délais : un piège pour l’imprudent

La question des délais en assurance est critique. Un jour de retard peut entraîner la perte d’un droit. En tant que courtier, vous êtes le gardien de ces délais pour vos clients.

Récapitulatif des principaux délais légaux

SituationDélaiBase légalePoint de départ
Déclaration de sinistre5 jours ouvrablesL. 113-2, 4.Connaissance du sinistre
Déclaration de vol2 jours ouvrablesL. 113-2, 4.Connaissance du vol
Déclaration d’aggravation de risque15 joursL. 113-2, 3.Connaissance de l’aggravation
Prescription des actions2 ansL. 114-1Événement donnant naissance à l’action
Prescription (dommages corporels)10 ansL. 114-1, al. 3Consolidation du dommage
Résiliation annuelle (préavis)2 moisL. 113-12Avant la date d’échéance
Résiliation Hamon (préavis)1 moisL. 113-15-2À tout moment après 1 an
Résiliation après aggravation (par l’assureur)30 joursL. 113-4Réception de la déclaration

L’exception pour les dommages corporels

L’alinéa 3 de l’article L. 114-1 prévoit une exception majeure : lorsque l’action de l’assuré dérive d’un événement ayant entraîné un dommage corporel, le délai de prescription est porté à dix ans (et non deux ans) à compter de la date de consolidation du dommage.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : en assurance de personnes (prévoyance, accidents de la vie, garanties corporelles du contrat auto), le délai de prescription est bien plus long. C’est une protection importante pour les victimes de dommages corporels, dont l’état de santé peut mettre des années à se stabiliser.

Dispositions diverses à connaître

Article L. 124-3 : l’action directe du tiers lésé

L’article L. 124-3 consacre l’action directe du tiers lésé contre l’assureur de responsabilité. La victime d’un dommage peut agir directement contre l’assureur du responsable, sans avoir à mettre en cause le responsable lui-même.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : si votre client est responsable d’un dommage causé à un tiers, ce tiers peut agir directement contre l’assureur de votre client. C’est un mécanisme qui simplifie l’indemnisation des victimes mais qui implique que l’assureur de votre client sera directement sollicité.

Article L. 121-12 : la subrogation de l’assureur

L’article L. 121-12 prévoit que l’assureur qui a payé l’indemnité est subrogé dans les droits de l’assuré contre les tiers responsables. Autrement dit, une fois le sinistre indemnisé, l’assureur peut se retourner contre le responsable du dommage pour récupérer les sommes versées.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : votre client ne doit rien faire qui puisse compromettre le recours de son assureur contre le tiers responsable. Par exemple, signer un accord amiable avec le responsable du dommage sans l’accord de l’assureur pourrait priver ce dernier de son droit de recours, et entraîner la déchéance de garantie pour votre client.

Application pratique : un client vous appelle après un accident de la route. Le conducteur adverse lui propose de “régler ça entre eux” sans passer par les assurances. Vous devez formellement déconseiller cette approche et recommander de suivre la procédure normale de déclaration et de constat amiable, afin de préserver le droit de subrogation de l’assureur.

Article L. 127-1 : la protection juridique

L’article L. 127-1 définit la protection juridique comme toute opération qui consiste, moyennant le paiement d’une prime, à prendre en charge les frais de procédure judiciaire ou à fournir des services découlant de la couverture d’assurance, en cas de différend opposant l’assuré à un tiers.

Ce que cela signifie concrètement pour vous : la protection juridique est un produit complémentaire que vous pouvez proposer à vos clients. Elle couvre les frais d’avocat, d’expertise et de procédure en cas de litige. C’est un produit souvent sous-estimé dont la valeur apparaît pleinement lorsque le client se retrouve impliqué dans un contentieux.

La formation : votre passeport pour maîtriser ces textes

La maîtrise du Code des assurances ne s’acquiert pas en quelques heures de lecture. Elle nécessite une formation structurée, progressive, qui contextualise chaque article dans la pratique quotidienne du courtier.

La formation IAS de 150 heures, telle que définie par l’arrêté du 26 septembre 2018, est précisément conçue pour vous transmettre cette maîtrise. Les cinq unités de valeur couvrent l’ensemble du spectre :

Unité de valeurHeuresContenu principalArticles clés couverts
UV1 : Savoirs généraux56hCadre juridique, déontologie, fiscalitéL. 511-1, L. 512-1, L. 513-1, L. 521-1 à L. 521-6
UV2 : Assurances de personnes24hPrévoyance, santé, accidentsL. 113-2, L. 113-8, L. 113-9, L. 114-1
UV3 : Assurance vie et capitalisation24hContrats d’assurance vie, rachat, successionL. 521-5, L. 132-1 et suivants
UV4 : Contrats collectifs16hComplémentaire santé, prévoyance collectiveL. 141-1 et suivants
UV5 : Biens et responsabilité30hIARD, auto, construction, RCL. 121-1, L. 122-1, L. 211-1, L. 241-1

Cette formation est la condition légale d’accès à la profession. Mais au-delà de l’aspect réglementaire, elle constitue le socle de compétences qui vous permettra d’exercer avec assurance et crédibilité.

Si vous souhaitez obtenir votre capacité professionnelle et accéder à l’ensemble de ces connaissances de manière structurée, notre formation IAS 150 heures couvre l’intégralité du programme réglementaire. Découvrir la formation et s’inscrire.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la prescription biennale et la prescription de droit commun ?

La prescription biennale, prévue à l’article L. 114-1 du Code des assurances, fixe un délai de deux ans pour toute action dérivant d’un contrat d’assurance. C’est un délai dérogatoire, plus court que la prescription quinquennale de droit commun prévue à l’article 2224 du Code civil (cinq ans). Le législateur a voulu que les litiges en assurance soient réglés rapidement, pour éviter que des sinistres anciens ne soient déclarés des années après les faits. Toutefois, pour les dommages corporels, le délai est porté à dix ans. Les causes d’interruption (désignation d’expert, lettre recommandée) sont spécifiques au Code des assurances et prévues à l’article L. 114-2.

Un courtier peut-il être personnellement responsable en cas de mauvais conseil sur un contrat ?

Oui. La responsabilité personnelle du courtier peut être engagée sur le fondement de l’article L. 521-1 (principe de loyauté), de l’article L. 521-3 (devoir de conseil personnalisé), et plus largement des articles 1231-1 et suivants du Code civil (responsabilité contractuelle). Si un client subit un préjudice parce que vous lui avez recommandé un contrat inadapté, que vous avez omis de l’informer d’une exclusion importante, ou que vous n’avez pas vérifié la cohérence de ses déclarations, il peut engager votre responsabilité et obtenir des dommages et intérêts. C’est pour cette raison que la RC Pro est obligatoire pour tout courtier.

Que risque un courtier qui exerce sans immatriculation ORIAS ?

L’exercice de l’activité d’intermédiaton en assurance sans immatriculation au registre de l’ORIAS est un délit prévu à l’article L. 512-2 du Code des assurances. Il est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Au-delà de la sanction pénale, les contrats conclus par un intermédiaire non immatriculé sont susceptibles d’être annulés, ce qui prive les assurés de toute couverture. C’est une situation à éviter absolument, tant pour l’intermédiaire que pour ses clients.

Quelles sont les conséquences d’une fausse déclaration pour l’assuré ?

Le Code des assurances distingue deux situations. Si la fausse déclaration est intentionnelle (article L. 113-8), le contrat est nul de plein droit. L’assureur conserve les primes et l’assuré ne reçoit aucune indemnité, même pour les sinistres sans rapport avec la fausse déclaration. Si la fausse déclaration est de bonne foi (article L. 113-9), le contrat n’est pas nul mais l’indemnité est réduite proportionnellement au rapport entre la prime payée et la prime qui aurait dû être payée. Dans les deux cas, le courtier qui a contribué à la fausse déclaration (par négligence dans le contrôle des déclarations) peut voir sa responsabilité engagée.

Le Code des assurances s’applique-t-il aux contrats de mutuelle et de prévoyance ?

Non directement. Les mutuelles sont régies par le Code de la mutualité et les institutions de prévoyance par le Code de la Sécurité sociale. Cependant, depuis la transposition de la DDA, les règles relatives à la distribution d’assurance (Livre V du Code des assurances) s’appliquent à tous les intermédiaires, quelle que soit la nature de l’organisme d’assurance (compagnie d’assurance, mutuelle ou institution de prévoyance). Les obligations de conseil, d’information et de transparence sont donc identiques, même si le cadre juridique du contrat lui-même diffère selon l’organisme.

Comment savoir si un article du Code des assurances a été modifié récemment ?

Le Code des assurances est régulièrement modifié par des lois, des ordonnances et des décrets. La version consolidée est disponible sur le site Légifrance (legifrance.gouv.fr). Pour chaque article, Légifrance indique la date de dernière modification et la version en vigueur. En tant que courtier, vous devez vous assurer que vous travaillez toujours avec la version à jour du Code. L’obligation de formation continue de 15 heures par an, imposée par la DDA, vise précisément à maintenir vos connaissances juridiques actualisées.

Quels sont les articles du Code des assurances les plus souvent invoqués lors d’un contrôle ACPR ?

Lors d’un contrôle, l’ACPR se concentre principalement sur les articles du Livre V relatifs aux obligations de distribution : L. 521-1 (loyauté), L. 521-2 (information préalable), L. 521-3 (recueil des besoins et conseil personnalisé), L. 521-4 (conseil dans la durée). L’autorité vérifie également le respect de l’article L. 512-1 (immatriculation et conditions d’exercice) et des articles R. 512-8 et suivants relatifs à la formation continue. Les sanctions peuvent aller de l’avertissement à l’interdiction d’exercer, en passant par des sanctions pécuniaires pouvant atteindre 100 millions d’euros. Pour en savoir plus sur les procédures de contrôle, consultez notre article sur l’ACPR et ses contrôles en 2026.

Pour conclure

Le Code des assurances est votre outil de travail quotidien. Pas dans son intégralité, bien sûr, mais dans ses dispositions essentielles : celles qui définissent votre droit d’exercer, celles qui encadrent votre devoir de conseil, celles qui régissent les contrats que vous distribuez, et celles qui protègent vos clients en cas de sinistre.

La trentaine d’articles que nous avons détaillés dans ce guide ne représente qu’une fraction du Code. Mais c’est la fraction décisive. Celle que les tribunaux citent, que l’ACPR contrôle, et que vos clients attendent de vous maîtriser.

Cette maîtrise ne s’improvise pas. Elle se construit par la formation initiale, par la pratique, et par la formation continue. Si vous n’avez pas encore obtenu votre capacité professionnelle, la formation IAS 150 heures est le point de départ obligatoire. Elle vous donnera les bases juridiques, techniques et déontologiques pour exercer le métier de courtier en toute légalité et avec compétence.

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